Collectif Schizophrénies
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Aline est adhérente-usagère d’un Groupe d’Entraide Mutuelle créé par l’association Espoir 54, implantée à Nancy. Elle explique qu’elle a dû se résigner au fait de ne plus pouvoir travailler et dit que le GEM est indispensable à sa vie quotidienne.

Interview réalisée par Jean-Bernard Gallois en novembre 2017.


Que vous apporte le GEM au quotidien ?

C’est ma vie, c’est ma renaissance, c’est le sens de ma vie. Sachant que je ne peux plus travailler, que je suis dans l’incapacité de me rendre utile, quand je viens au GEM, et j’ai besoin de venir tous les jours, parce que je suis dans un cadre de partage avec mes pairs, d’entraide. Les gens aiment beaucoup se confier à moi, cela me valorise et me fait du bien de pouvoir aider mon prochain. Il y a toujours un partage, cette entraide, les activités, la chorale et l’atelier marche que je fais me procurent du plaisir. Alors que, lorsqu’on est dans la maladie, on a beaucoup de mal avec la notion de plaisir, elle disparaît tout d’un coup. Ca m’aide beaucoup, même hors atelier, activité, je viens ici, j’apporte ma nourriture à midi, je partage le repas avec les autres. C’est vraiment ma deuxième famille.

Qu’aimeriez-vous entendre des professionnels pour qu’ils vous aident dans votre relation avec vos proches ?

Ce que j’apprécie vraiment des professionnels, c’est d’être à notre écoute et de pouvoir nous aider à les aider, que ce soit moi ou mes pairs. C’est vrai que lorsqu’on est dans le rétablissement, qui s’apparente pour moi à la stabilisation, on peut plus prendre du recul. Et là, on peut aider le professionnel du soin ou l’animateur à nous aider de façon cohérente et pertinente, ce qu’on ne peut pas faire lorsqu’on est en crise.

Avez-vous repris le travail entre vos hospitalisations ?

Oui, j’ai travaillé en temps que travailleur handicapé, à mi-temps et dans une entreprise protégée donc financée par le Conseil départemental. Sur les six ans, j’ai été deux fois en arrêt maladie pour finalement être licenciée pour inaptitude au poste de travail car j’étais quelqu’un de compétente, objectivement parlant mais très perfectionniste. Et ce perfectionnisme me jouait des tours dans la mesure où la pression que je me mettais était si grande que lorsqu’on me donnait un temps de travail limité en ajoutant : « et attention, il doit être bien fait, je paniquais, je perdais mes moyens ».
C’était la pression de trop même si, objectivement, ce n’était pas grand chose. Et je finissais par rendre quelque chose dont je n’étais pas satisfaite. C’était pour moi un échec personnel et cela m’entretenait dans une dévalorisation de moi-même et une dépression que je ne pouvais plus gérer. Pour avoir droit aux subventions, les salariés devaient être plus autonomes, les exigences augmentaient. J’ai très mal vécu cela pour devoir de résigner au fait que je ne pouvais pas travailler.
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