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Collectif Schizophrénies
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Entretien avec Pascal Vianin


Nicolas Franck petitePascal Vianin est docteur en psychologie, psychothérapeute et chercheur au Département de Psychiatrie du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (DP-CHUV) de Lausanne. Il dirige également le Centre de Neuroréhabilitation pour personnes souffrant de Troubles Psychiques (CNTP) à Lausanne également. 
C'est le créateur du programme RECOS (Remédiation Cognitive pour la Schizophrénie), programme validé sur le plan scientifique le plus diffusé aujourd’hui dans les pays francophones.
Pascal Vianin fait partie du comité de direction de l’Association Francophone de Remédiation Cognitive (AFRC). 

Interview réalisée en février 2020 

Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux troubles cognitifs dans la schizophrénie ?

Alors que j’étais en train de terminer ma thèse de doctorat en psychologie dans le domaine de la perception, j'ai été engagé en 1998 à l’hôpital psychiatrique de Lausanne pour participer à une étude sur les troubles cognitifs dans la schizophrénie. L'hypothèse de base de cette recherche dirigée par Pierrre Bovet et Josef Parnas était que le syndrome dissociatif observé dans la schizophrénie était lié à un déficit de la connectivité entre différentes aires cérébrales. Cette étude s’est déroulée à Lausanne et à Copenhague, avant de se poursuivre à l’Institut de Sciences Cognitives de Lyon où j’ai rencontré pour la première fois Nicolas Franck.
De retour à Lausanne, un numéro spécial consacré à la remédiation cognitive a particulièrement attiré mon attention. Alors qu’une abondante littérature était consacrée à étudier les troubles cognitifs de la schizophrénie, la perspective de pouvoir y remédier me permettait de traduire sur un plan thérapeutique les connaissances acquises dans le domaine de la recherche. La démarche m’a paru particulièrement stimulante dans la mesure où la médication antipsychotique ne permettait pas d’améliorer de manière significative les capacités cognitives des personnes souffrant de schizophrénie. J’ai alors décidé de partir pour Londres afin de me former au programme CRT (Cognitive Remediation Therapy).

Pourquoi avez-vous créé le programme de remédiation cognitive RECOS ?

Le programme CRT était alors largement diffusé dans les pays anglo-saxons, mais la remédiation cognitive restait une thérapie encore très peu pratiquée en langue française. Ma première idée était alors de traduire le programme CRT. Lorsque j’ai fait passer des bilans neurocognitifs à un certain nombre de personnes souffrant de schizophrénie, j'ai eu la surprise de constater que ces bilans étaient très différents d’un patient à l’autre : mémoire, attention, fonctions exécutives étaient souvent altérées, comme le décrivait la littérature, mais il était rare qu’un même patient présente des difficultés dans les trois domaines. Or le programme CRT proposait les mêmes exercices aux patients, quel que soit le profil cognitif de chacun. A mon sens, il fallait au contraire développer un outil thérapeutique qui s’intéresse à traiter les déficits rencontrés chez chaque patient de manière individualisée et ciblée. C’est ainsi qu’a pris forme la thérapie RECOS dès le début des années 2000.


En quoi consiste exactement le programme RECOS ?

Avec RECOS, on a voulu proposer en langue française des outils de remédiation avec des modules spécifiques adaptés à chaque profil. Le bilan neurocognitif initial permet d’évaluer les capacités cognitives pour chacun des domaines correspondant aux modules d’entraînement.
Actuellement, RECOS permet de diriger le participant vers l’un ou l’autre des 6 modules d’entraînement suivants : mémoire et compréhension verbale, mémoire et attention visuo-spatiales, raisonnement, attention, fonctions exécutives, vitesse de traitement.
 
>> Pour en savoir plus : https://www.programme-recos.ch/

Comment RECOS s'est-il perfectionné depuis 20 ans ? 

Au terme du bilan cognitif, le thérapeute prend connaissance des difficultés mesurées à travers des tests standardisées. Toutefois, ces résultats ne donnent pas d’informations sur les troubles fonctionnels présents. Autrement dit, un déficit de mémoire verbale ne nous indique pas si la personne ne mémorise pas les conversations avec son entourage, ne se souvient pas de l’intrigue du film qu’elle est en train de regarder, ou oublie le nom des personnages du roman qu’elle est en train de lire. Pour cette raison, nous avons ainsi introduit dans le programme RECOS une « échelle des répercussions fonctionnelles » (ERF) qui permet d’évaluer plus précisément le retentissement des difficultés dans la vie réelle. Ce bilan fonctionnel permet ainsi de compléter le bilan cognitif et de fixer des objectifs individualisés qui auront un impact direct sur la qualité de vie du participant.

Comment évaluez-vous ces améliorations fonctionnelles ?

La plupart des programmes de remédiation cognitive mesurent l’efficacité de leur traitement à travers un bilan neurocognitif. On fait une comparaison entre le bilan cognitif initial et le bilan cognitif final et on en déduit que la personne a profité, ou non, du travail de remédiation cognitive.
Selon nous, mesurer ces progrès cognitifs n’a pas beaucoup d’intérêt sur le plan thérapeutique. Mieux vaut s’intéresser aux bénéfices fonctionnels de la thérapie. Si le patient parvient à nouveau à se déplacer de manière autonome, à gérer son budget ou encore à organiser une sortie avec des amis, on peut estimer que le travail de remédiation cognitive a rempli son objectif.

Selon vous, qu’apporte RECOS aux patients ?

Les bénéfices pour les patients sont plutôt intéressants et importants en termes de rétablissement. Au début du traitement, nombreux sont les patients qui pensent ne pas pouvoir résoudre les exercices qui leur sont proposés, parce qu’ils souffrent de schizophrénie. Nous les invitons alors à nous expliquer comment ils s’y prennent pour résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. En nous appuyant sur leurs propres ressources, on leur propose alors de générer des stratégies de résolution de problèmes. Si les résultats obtenus sont satisfaisants, ils seront amenés à mobiliser ce type de compétence dans leur vie quotidienne. Si ce n’est pas le cas, ils seront alors encouragés à développer des stratégies alternatives. Finalement le patient reprend du pouvoir sur sa maladie, car il ne dépend plus uniquement des conseils ou de l’aide de son entourage. Il parvient, de sa propre initiative, à trouver les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs. Il s’agit là d’un point essentiel qui contribue au processus du rétablissement dans son ensemble. 
Nous sommes actuellement en train de mener une recherche qui vise à mesurer les bénéfices de la remédiation cognitive sur 4 axes liés à la notion de rétablissement : les capacités métacognitives, la reprise d’activités professionnelles ou de loisirs, l’intégration sociale et la capacité d’agir.

Quel bilan tirez-vous de 20 ans d'existence de RECOS ?

J’ai commencé à développer ce programme de remédiation cognitive dans le but d’en faire bénéficier les patients dont j’avais la charge au sein du Département de Psychiatrie du CHUV à Lausanne. Le Professeur Pierre Bovet, qui était mon supérieur au début de mon travail en psychiatrie, m’a donné les moyens de développer cet outil, grâce au lien de confiance qui nous unissait. La rencontre avec Nicolas Franck a également été décisive. Il a permis au programme RECOS de se développer en France où il est aujourd’hui largement diffusé.
Parmi les axes de développement actuels, deux aspects me semblent particulièrement intéressants. D’une part, la remédiation cognitive favorise la réinsertion des personnes sur le marché de l’emploi. En Suisse, on vise de plus en plus à réinsérer les personnes souffrant d’une maladie mentale dans une activité professionnelle non protégée, ce qui paraît particulièrement important sur le plan de leur rétablissement.
Alors que le programme RECOS était destiné initialement aux personnes qui souffrent de schizophrénie, on s’aperçoit aujourd’hui qu’il permet d’améliorer le fonctionnement de personnes souffrants d’autres pathologies, comme la dépression le burn out, les troubles déficitaires de l’attention (TDAH), etc.

Et en France, qui est formé à dispenser ce programme RECOS ?

De nombreux cliniciens ont été formés en France au programme RECOS. Il est possible de s’inscrire à une formation de base en passant par l’organisme de formation Formacat dont le siège est à Strasbourg [https://www.formacat.eu/]. Ces formations sont organisées sur demande dès que 10 personnes (min.) d’un même site sont intéressés à y participer.
Une autre possibilité consiste à participer au Diplôme Universitaire de remédiation cognitive organisé par l’équipe de Nicolas Franck et par l’Université de Lyon. Toutes les informations concernant ce diplôme figurent sur le site de l’Association Francophone de Remédiation Cognitive [https://remediation-cognitive.org/].
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