Restez informé de notre actualité >>
captcha 
Collectif Schizophrénies
Nous contactericon mail

A 35 ans, Olivier Descamps, qui habite Amiens, souffre d’une schizophrénie avec des troubles bipolaires depuis une quinzaine d’années. Il a connu plus de quinze hospitalisations et conseille aux usagers de partager leur ressenti et d’être patient dans la recherche du bon traitement, même si cela prend du temps.

 

Pouvez-vous raconter votre entrée dans la maladie ?

Tout a commencé par un Texte de l'info-bulletat d’épuisement physique, mental, émotionnel et psychique dû à un environnement professionnel stressant et dont il est impossible de récupérer sur une courte durée">burn-out professionnel à l'âge de vingt ans. A l'époque je travaillais pour une chaîne de restaurant. Je travaillais entre 40 et 50h par semaine. Les premiers signes ont été la fatigue chronique, l'épuisement professionnel, la tristesse et les crises de panique. Je ne suis pas entré dans une phase de délire tout de suite, les prémisses étaient les crises de panique. Beaucoup de crises de panique et d'angoisses. Trop.

Mon médecin traitant m'a rapidement mis sous tranquillisants : Valium, Xanax, Seresta... et bien d'autres encore. J'en faisais une consommation astronomique pour essayer d'enrayer ce que j'appelle un trouble anxieux généralisé. Donc burn-out puis trouble anxieux généralisé, c'est comme ça que tout a commencé.


Que s’est-il passé ensuite ?

La dépression a suivi peu de temps après dans les trois à quatre mois qui ont suivi mon burn-out. A l'époque, je n'avais pas de psychiatre, donc mon médecin, pensant bien faire, m'a mis sous antidépresseurs. Ce qui m'a valu un virage « maniaque » peu de temps après.

En effet, avant d'aller le voir, j'ai changé plusieurs fois d’antidépresseurs. J’étais en mode « test », j'en ai essayé une dizaine avant de rencontrer mon premier psychiatre. Et j'avais toujours beaucoup d'attaques de panique.


Ce virage « maniaque », en quoi consistait-il ?

Je dépensais énormément d'argent. J'achetais des vêtements à n'en plus finir, des objets dont je n'avais pas besoin, je dormais peu. Cependant il n'y avait pas que cela, je buvais. J'ai bu beaucoup d'alcool pour essayer de chasser mes démons et de faire fuir la panique, dans le même temps je fumais aussi du cannabis, ce qui n’arrangeait rien à mon état.

La crise manique était alors à son paroxysme... Je vivais chez mes parents pendant cette période, je rentrais parfois le soir vers 3 ou 5h du matin complètement shooté ou saoul. J’étais dans un piètre état.


Comment vos parents ont-ils réagi ?

Ils ne comprenaient pas ce qu'il m'arrivait. J'avais interpellé ma mère sur le fait que j'avais sûrement un problème psy en lui décrivant que j'avais sûrement un trouble bipolaire car je ressentais en moi que quelque chose ne tournait pas rond avant même de rencontrer mon premier psychiatre.

Elle ne m'a pas cru tout de suite. Cependant, plus le temps passait plus mon état empirait. C'est alors ma mère qui a pris un rendez-vous avec mon premier psychiatre.

Celui-ci m'a parlé de Texte de l'info-bulleroubles de l’humeur se définissant par une alternance de périodes d’excitation et de dépression">bipolarité ou trouble maniaco-dépressif. Je me rappelle très bien qu'il a posé ce diagnostic après une longue série de questions. Je n'ai pas compris tout de suite ce qu'il m'arrivait. Je percevais bien que j'avais des troubles de l'humeur mais je mettais cela sur le dos des médicaments. Le psychiatre confirma ce que je pensais : trouble de l'humeur bipolaire.


Combien de temps a duré cette crise ?

La crise dura quelques mois avant que le premier diagnostic tombe. Je ne serais pas dire combien. Ce psychiatre me mis sous un autre traitement antidépresseur, régulateur d'humeur plus neuroleptique.

Entre le moment où j'ai fait mon burn-out et le moment où je suis allé voir ce psychiatre, il s’est bien passé un an. C'est après que les choses se sont compliquées pour moi.


Comment cela ?

Je pensais que les médicaments allaient m'aider à aller mieux mais ce ne fut pas le cas. Un an d’errance à boire, fumer. Beaucoup d'amis m'ont lâché pendant cette période car j'étais ingérable, je n'en faisais qu'à ma tête. Je n'avais plus aucune limite, mon comportement était hors de contrôle pour moi et aussi pour les autres. J'étais complètement "borderline" !

J'alternais phase maniaque puis, d'un coup, l'humeur retombait comme un soufflé dans la dépression ou la mélancolie. Cela pouvait prendre quelques heures ou quelques jours. J'ai su, par la suite, qu'on appelait cela des « short-cycle ». Je faisais des cycles courts, mon humeur allait et venait sans que je me rende compte de ce qu'il se passait. « Jean qui rit, Jean qui pleure ». Cela dura un an.


Quels médicaments preniez-vous ?

Le premier diagnostic était la bipolarité et on me soigna dans ce sens. Mon traitement comprenait du Depakote, du Solian et un antidépresseur dont je ne sais plus le nom, du Prozac je crois.

J'ai pris ce traitement pendant une période que je ne rappelle plus. Mais le temps passait et mon état ne s’arrangeait pas. J'ai beaucoup de mal à resituer les choses dans le temps mais le pire était à venir.

J'ai commencé, petit à petit, insidieusement, à entendre des voix. Celles-ci étaient impérieuses. J'entendais ces voix qui me disaient de me tuer par exemple, de sauter par la fenêtre ou bien de me faire du mal. C'était une cacophonie dans ma tête, cela s’arrêtait puis ça reprenait de plus bel.


Avez-vous des souvenirs de votre quotidien à ce moment-là ?

Je dormais énormément et je ne travaillais pas, je pense avoir été en arrêt de travail pendant 2 ans. J'ai essayé de me réintégrer socialement plusieurs fois, mais la maladie était toujours plus forte, me forçant à arrêter mes études à plusieurs reprises.

J'ai pu faire une fac d'arts plastiques, de lettres, d'histoire de l'art, un BTS informatique et une école hôtelière pendant les premières années de la maladie. Je n'arrivais pas à me poser socialement ni scolairement.

Après quelques rendez-vous avec mon premier psychiatre, je me suis décidé à aller en voir un autre. Une femme, cette fois-ci. Je ne me souviens plus comment j'ai réussi à avoir un rendez-vous avec elle. Mais, elle m'a suivi pendant deux ans puis s'est ensuite arrêtée, malheureusement, pour problème de santé.


Cela se passait-il bien avec cette psychiatre ?

J'avais une grande confiance en elle. Elle m'écoutait et prenait son temps pour moi. C'est elle qui me prescrivit un nouveau médicament qui venait d'arriver sur le marché français, l'Abilify. On a commencé avec des petites doses puis on a augmenté. Pour elle, le diagnostic était tout autre. Je suis passé de bipolaire à schizophrène dysthymique. Ce qu'on appelle aussi schizophrénie psycho-affective. Un mélange entre schizophrénie et troubles bipolaires d'une certaine façon.

Ensuite, grâce à ma mère et à ses relations de travail, j’ai été reçu à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, en consultation externe. Un psychiatre a fait une évaluation psychiatrique. Il a confirmé le diagnostic de ma psychiatre qui était bien un trouble schizo-affectif.


Quelle a été votre réaction à ce diagnostic ?

Pendant très longtemps, je suis resté dans le déni en passant par tous les états. J'ai entendu des voix, eu des hallucinations visuelles et kinesthésiques. Puis j'ai dû changer de psychiatre car la mienne est tombé malade.

J'ai eu la chance de retrouver une nouvelle psychiatre qui m'a beaucoup aidé, elle aussi, et pris du temps pour comprendre ce qu'il m'arrivait. Le diagnostic était posé, il ne restait plus qu'à trouver le bon traitement. Ce qui pris au total onze ans. En onze ans, j'ai dû essayer plus de 30 médicaments différents, que ce soient les antidépresseurs, les anxiolytiques, les neuroleptiques et autres.

Et puis, j'ai eu la chance de pouvoir continuer à avoir des consultations à l’hôpital Sainte-Anne avec un docteur, une pointure dans son métier. Grâce à ce dernier, je suis allé en maison de repos en région parisienne, et c'est là, après avoir épuiser le stock de neuroleptiques possibles, qu'on a introduit le Léponex qui m'a stabilisé par la suite.

Tout ceci s’est fait en coordination avec un psychiatre de ma ville. Sans ces deux confrères, je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui. Il aura fallu plus d'une dizaine d'années avant de trouver le bon traitement et d'accepter entièrement la maladie.


Comment se sont déroulées vos rencontres avec les psychiatres ?

Certains psychiatres m'ont beaucoup aidé, d'autres moins. C'est une histoire de personnalité. Parfois cela passe, d'autre fois non. Mais, il va sans dire que c'est délicat de trouver le bon. J'en ai côtoyé plus d'une dizaine voire une quinzaine en seize ans de maladie. Je suis suivi aujourd'hui par un psychiatre en clinique privée ce qui me permet, si je ne vais pas bien, de rentrer directement en hospitalisation libre. Pour moi, cela s'apparente à de la prévention. Depuis le début de mon histoire, voici seize ans, j'ai toujours suivi l'avis de mes différents psychiatres. A savoir le traitement que j'ai toujours pris sans négocier, à part une fois où je l'ai arrêté volontairement. Je ne ferais pas cette aberration une fois de plus. J'ai énormément souffert et me suis retrouvé dans un état confusionnel terrible. Une fois, pas deux !


Avez-vous souvent été hospitalisé ?

J'ai été hospitalisé une quinzaine de fois, toujours en clinique privée. Je suis allé en hôpital psychiatrique une fois, ce qui m'a permis de comprendre que mon état n’était pas aussi critique que ce que je pouvais penser. J'y ai rencontré des patients dans leurs délires, des malades chroniques qui étaient, les pauvres, hors de la réalité.

Cela m'a permis de comprendre que je n’étais pas un cas sans espoir et j'ai admis de me remettre en question. J'ai peur des hôpitaux psychiatriques et je préfère de loin le cocon protecteur qu'une bonne clinique privée ou maison de repos peut me donner. Que cela soit en région parisienne ou même dans mon département. Je garde en tête que je suis protégé par la clinique qui me prodigue des soins adaptés et où je ne suis pas traité comme un cas où un malade lambda. Je ne porte pas de jugement mais j'ai mes habitudes. 


Avez-vous déjà connu des rechutes ?

J'ai arrêté une fois mes médicaments, je ne souhaite à personne de faire cette erreur. Je n'en dirais pas plus car j'ai complètement oublié ou effacé cette époque. Je me souviens juste que j’étais en plein délire, mes proches ont réussi à me faire comprendre qu'il fallait reprendre le traitement très vite. Ce que j'ai fait !


La maladie en elle-même... La schizophrénie pseudo-affective. Quelles sont ses symptômes ?

Les caractéristiques de la schizophrénie dysthymique sont légions. Il y a beaucoup de fluctuations d'émotions, il y a le fait d'avoir des hallucinations aussi. Je pense que cette forme de schizophrénie est très invalidante car elle joue sur deux tableaux. D'un côté, les émotions de type bipolaires et de l'autre, les aspects schizophréniques type hallucinations. Après de longues années d'errance médicale et médicamenteuse, je suis enfin arrivé à accepter ma maladie. Bien qu'on ne puisse pas l'accepter à 100%.


Quel est votre quotidien ?

Je vis au jour le jour, je me projette dans certains projets mais je suis souvent rattrapé par mes angoisses ou bien par le fait d'être confronté à des obstacles. En effet, je ne réagis pas comme tout à chacun à un événement extérieur. Un deuil peut me passer par-dessus la tête alors que la perte d'un objet peut m'affecter au plus haut point. Mes réactions au monde extérieur sont biaisées et je le sais.

Une personne extérieure pourrait facilement se dire que je ne suis pas normal, mais où est la normalité. Nulle part ! Chacun réagit en fonction de son vécu et de sa pathologie ou de son mode de vie. Un bouddhiste réagit différemment au deuil qu'un chrétien. Alors pourquoi stigmatiser les schizophrènes en fonction de leurs réponses aux stimulus externes ?

Le tout est d'apprendre à vivre avec sans être dans le déni : accepter les émotions et ne pas les refouler. Ce n'est pas tous les jours facile, mais il faut l'accepter et garder en tête qu'il y a toujours de l'espoir. Vivre avec des projets ou faire des ateliers créatifs.

De plus, voir un psychologue et un psychiatre m'aide beaucoup à y voir plus clair, le traitement lui aussi est fondamental. Le respecter à la lettre aide à ne pas rechuter.


Quel traitement suivez-vous aujourd'hui ?

Depuis quatre ans, je suis sous Léponex, Abilify, Mianserine, Seresta, Tercian et Avlocardyl. C'est un traitement très lourd. Cependant je suis habitué à certaines molécules et il est donc normal de changer d’anxiolytique fréquemment. C'est le Léponex qui m'a permis de retrouver une vie à peu près normale et un équilibre car il m'a stabilisé. Bien sûr, il y a eu des réajustements au niveau de l'Abilify et des anxiolytiques.


Avez-vous des effets secondaires ?

Les effets indésirables sont les trous de mémoire, l’hyper-salivation (surtout la nuit), et les prises de sang régulières (une fois par mois pour contrôler le taux de globules blanc).

Il faut aussi mentionner aussi les problèmes que rencontrent toutes les personnes qui prennent ce genre de médication : la prise de poids. Pour cause, le métabolisme change avec les traitements et beaucoup de malades s'en plaignent car ils grossissent. Mais avec une bonne hygiène de vie, du sport et surtout du temps les effets métaboliques se tassent. Je fais 1,75m pour 77kg aujourd'hui, mon poids est monté jusqu'à 95kg. S'il y a stabilisation du traitement dans le temps alors le poids peut redevenir normal. Il faut juste de la patience et une bonne hygiène de vie. 


Travaillez-vous, pouvez-vous ou souhaitez-vous travailler ?

J'ai eu une longue errance professionnelle car j'ai du mal à m'inscrire dans un processus continu. Cependant j'ai pu faire une mise en situation professionnelle en ESAT (établissement et service d’aide par le travail) au mois de janvier 2019, pour laquelle j'attends une réponse de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées).

Mon travail est serveur en restauration traditionnelle. J'ai adoré me replonger dans le travail, surtout dans un milieu protégé. C’est ce que l'ESAT m'a permis de faire car ils sont à même de comprendre qu'un jour je ne puisse pas venir à cause de la maladie ou d'une crise d'angoisse, ce que je ne souhaite pas.

Si la réponse de la MDPH est positive, ce que j’espère de tout cœur, je travaillerais à mi-temps. Le plus difficile pour moi c'est la récupération car je suis vite fatigué, à cause, très certainement, des traitements et aussi car je donne beaucoup de ma personne quand je travaille. J'aime me rendre utile, pour les autres mais aussi pour moi-même. Cela me donne un but et aussi une échappatoire.


Quelles sont les difficultés créées par la maladie dans votre vie quotidienne ?

Les difficultés sont multiples car il y a des jours ou tout va bien comme d'autres ou tout va mal ou de travers. Je peux être jovial ou enjoué, ou à certains moments complètement stressé par un événement. Il faut parler tout de suite et être écouté. Ce qui est le plus difficile, selon moi, c'est de garder la tête froide et d'être constant aussi bien dans mes choix que dans mes relations aux autres. Ainsi j'ai eu beaucoup de mal à m’intégrer socialement car je me sens souvent en décalage avec les autres. Soit parce que je comprends tout, tout de suite ou, au contraire car il me faut plus de temps pour assimiler une information. C'est dans ce sens que le fait de travailler est difficile car même en étant stabilisé, il y a toujours un écart entre la pseudo « normalité » et le malade.


Qu'est-ce qui vous a aidé jusqu'ici pour affronter cette maladie ? Avez-vous quelques "trucs" à partager, que vous appliquez en cas de crise ou de période difficile ?

Ce qui m'a le plus aidé pour affronter la maladie c'est l'espoir. Bien que j'aie fait plusieurs tentatives de suicide au début de la maladie, j'ai trouvé la force et l'espoir de me reconnecter au monde tel qu'il est. Il faut beaucoup de patience et aussi explorer des pistes afin de se comprendre et de comprendre la maladie elle-même.

La lecture m'a beaucoup aidé, en lisant des articles ou des biographies ou bien même des essais sur la schizophrénie. Cependant, peu parlent de la schizophrénie pseudo-affective, ce qui est à déplorer. J'ai donc entendu et vu des témoignages qui m'ont permis de comprendre les mécanismes de cette maladie.

Et il y a aussi le fait de voir qu'il y a pire que vous. Les malades sont souvent autocentrés autour de leur pathologie, je ne les blâme pas j'ai fait pareil. Toutefois, quand on vous place en hôpital psychiatrique public avec des malades chroniques et que vous êtes tout à fait lucide, vous comprenez bien vite qu'il y a pire que vous et donc qu'il ne faut pas se plaindre.


Avez-vous toujours été lucide sur votre état ?

A part dans mes plus grands moments de détresse ou j'ai fait ces tentatives de suicide que je déplore aujourd'hui, j'ai toujours été plus ou moins lucide sur mon état. J'ai vu des patients atteints de troubles encore plus graves que le miens en HP public. Et cela fait du bien de se remettre à sa propre place. C'est à dire non pas en tant que victime mais en tant que personne à part entière.

Parfois en cas de crises, et surtout, dès que vous sentez que vous commencez à vaciller, il faut se mettre à l’abri. Pour ma part, au bout de seize ans de maladie, j'ai compris qu'il fallait me faire hospitaliser. Dès que je sens la dépression trop dure ou un état délirant latent : je cours me mettre à l’abri dans une clinique privée. Comme une mesure de sauvegarde pour moi-même.


Avez-vous d’autres conseils à partager ?

Il faut prendre du temps pour soi et surtout écouter son corps et son esprit dès qu'il y a un grain de sable dans les rouages. Il faut, non pas se laisser enfoncer petit à petit, mais courir se mettre à l’abri que ce soit en HP ou en clinique. Je pense que c'est la meilleure façon de se protéger et de protéger les autres. Le meilleur moyen de s'en sortir c'est d'accepter d’être malade, d'être différents des autres et, surtout, gardez espoir et foi en soi.

J'oubliais la chose la plus importante est de parler. Il faut décrire ce qu'il se passe au fond de nous, toujours prendre conscience que nous ne sommes pas seul sur terre. Parler est un très bon remède pour ne pas se couper de la réalité et de retrouver les pieds sur terre. Travailler avec un psychiatre et un psychologue est une très bonne façon de comprendre les engrenages de la maladie et appréhender les rechutes.

Et je finirais par cela, surtout, surtout, prendre son traitement à la lettre. Même s'il vous fait grossir ou autre il y a toujours un traitement qui vous conviendra. J'ai conscience que c'est parfois très long de le trouver et de détecter le juste équilibre mais il ne faut surtout pas l’arrêter.

 

Témoignage d'Ivany

visuel tmoignage

A 24 ans, Ivany a été hospitalisée sept fois dans quatre hôpitaux différents depuis ses 19 ans. Malgré ces hospitalisations, elle a gardé son emploi d'hôtesse d'accueil en entreprise. Elle envisage de reprendre des études en septembre 2019.



Comment s'est faite votre entrée dans la maladie ?

Tout a commencé à l'automne 2013 durant lequel je suis tombée dans une dépression. J'ai fait une tentative de suicide médicamenteuse et me suis retrouvée à l'hôpital psychiatrique pour la première fois. J'alternais alors des phases dépressives et des phases euphoriques. Les premiers psychiatres que j'ai rencontrés ont cru à un trouble bipolaire et ont instauré un premier traitement : un régulateur de l'humeur. Ça n'a rien changé, on est donc passé à un premier neuroleptique. Et là miracle ! Mes changements d'humeur cessèrent. Après trois mois d'hospitalisation j’étais enfin libre. Libre mais totalement changée.

 

C'est-à-dire ?

Avant ma dépression et cette hospitalisation j'étais une personne gaie, bavarde, dynamique. Le traitement m'avait transformée mais la maladie aussi certainement. Je ne riais plus, je ne parlais plus, j'étais éteinte. Tout mon entourage l'avait remarqué. À l'époque j'étais étudiante à la fac, profs et amis ne me reconnaissaient plus. Sans entrer dans les détails, je leur disais simplement que j'étais sous traitement. Après un mois de traitement j'ai décidé de l'arrêter car je commençais à travailler en restauration rapide. Avec les effets secondaires du neuroleptique, j'étais trop ralentie. J'ai donc stoppé net traitement et suivi psy. J'ai tenu cinq mois. La paranoïa s'est alors installée. Là, ce fut horrible : mes pensées avaient pris le contrôle de mon esprit. Le stress dû à la pression au travail me changea de nouveau. Ivany rieuse avait laissé place à Ivany soucieuse, voire carrément suspicieuse. Je voyais le mal partout autour de moi.


Quelles en étaient les manifestations ?

J'avais l'impression que tout le monde complotait contre moi, je me sentais observée. Et toujours ces mêmes mots qui tournaient dans ma tête : « Ils t'observent, ils savent tout, ils te veulent du mal ». Mais surtout ceux-ci : « Ils entendent tes pensées, pense moins fort Ivany ». C'était horrible. Plus tard, une psychiatre me dit qu'il s'agissait sûrement de voix, d'hallucinations auditives. Pour moi il s'agissait de pensées très fortes et envahissantes. Un matin, au lieu de me rendre à l'université (j'étais encore étudiante, en plus de mon travail), je suis allée aux urgences. J'ai demandé à rencontrer un psychiatre. Je savais que ce qui m'arrivait n'était pas normal. Je fus à nouveau hospitalisée en psychiatrie. J'y suis restée moins longtemps que la première fois, environ trois semaines. Je suis sortie sans traitement cette fois-ci. En effet le nouveau psychiatre que j'ai rencontré pensait que j'étais à la limite du pathologique selon ses termes.

Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?

Quelques semaines après ma sortie je suis partie en Espagne en tant que fille au pair. Mais au bout de quelques semaines, ma compagne la paranoïa est revenue, la dépression aussi. Mais je n'osais pas demander à rentrer chez moi. Alors je suis restée comme ça, la peur au ventre qui s'intensifiait chaque jour. Jusqu'au drame. Un drame qui eut des répercussions irréversibles sur ma personne. La mort de mon père. Et là, j'ai fait ce qu'on appelle une bouffée délirante. Elle fut très visible dès mon retour en France mais le délire avait commencé à s'immiscer dans mon esprit lorsque j'étais en Espagne. Pour faire simple, je me croyais dans un rêve, j'avais des doutes concernant ce qui était réel ou ce qui sortait de mon imagination. C'était très troublant et difficilement supportable, toujours à me questionner. La réalité n'était plus ma réalité. J'étais prête à tout pour revenir dans ma réalité, c'est-à-dire mourir. J'étais convaincue par cette idée que je n'étais pas dans le bon monde. Après l'enterrement de mon père, je fus une nouvelle fois internée. La mort de mon père fut, je pense, comme un catalyseur de la maladie. Pour la première fois on me parla de la schizophrénie sans me donner de détail.

Est-ce que le traitement a changé ?

On a une nouvelle fois instauré un traitement toujours avec des antipsychotiques. Je suis restée hospitalisée, environ deux mois. À ma sortie, j'avais encore un traitement lourd qui avait pour effet secondaire principal de me faire dormir. D'ailleurs, lorsque j'ai repris une activité professionnelle, ma cheffe pensait que j'étais narcoleptique car je m'endormais fréquemment. J'ai donc poursuivi ma vie en étant hôtesse d'accueil en entreprise et sous traitement. Ce traitement ne me convenait pas, j'ai fini par le prendre de façon très irrégulière jusqu'à me retrouver à nouveau hospitalisée. Trois fois par la suite. C'est lors de l'avant dernière hospitalisation que j'ai tout compris. Grâce à l'aide d'un psychiatre extraordinaire qui m'a ouvert les yeux. Après de longs entretiens il m'a bien confirmé le diagnostic d'une schizophrénie.

Vous a-t-il appris d'autres choses ?

Avec ce psychiatre j'ai aussi réalisé que la maladie avait fait son apparition bien plus tôt dans mon adolescence. La paranoïa était déjà présente, un délire est aussi né durant mon adolescence mais est passé inaperçu aux yeux de mes proches car pas omniprésent dans ma vie (du moins, non envahissant). J'ai eu des hallucinations olfactives et gustatives, des hallucinations dont on ne parle pas souvent. Les hallucinations olfactives sont encore parfois présentes mais pas gênantes. Il m'arrive de sentir des odeurs de fleurs parfois, j'ai senti le poisson pourri en ayant l'impression que cela venait de moi.
Plus étrange, il m'arrive aussi de sentir l'odeur d'endroits où j'ai vécu par le passé comme l'odeur du parquet de la maison de campagne de mes grands-parents. Concernant les hallucinations gustatives, je ne pouvais plus manger de beurre « emballé dans du papier » (le beurre dans les boîtes en plastique n'était pas concerné), je ne pouvais plus boire de lait en brique alors j'avais incité ma mère à acheter uniquement du lait en bouteille. Je sentais une réelle sensation de dégoût lorsque je consommais ces aliments. Alors que je les aimais en temps normal. Ce problème m'arriva aussi avec un type de biscuit et du chocolat en poudre. Maintenant cela ne m'arrive plus.
Mais les hallucinations qui me dérangèrent sûrement le plus furent les cénesthésiques. Plus simplement, j'avais l'impression que mon corps mourrait de l'intérieur, comme s'il pourrissait. Je ressentais comme des douleurs ou des sensations bizarres dans les membres. Je m'asseyais alors et me recroquevillais sur moi-même le temps que cela passe. La plupart du temps, cela durait plusieurs minutes.


Comment avez-vous vécu les crises ?

Ce qui m'a fait le plus souffrir dans ma schizophrénie est sûrement l'aspect paranoïde de la maladie. Au fil des années ma paranoïa s'intensifia jusqu'à devenir très handicapante. Les prémices de cette paranoïa apparurent dès mon adolescence. Au lycée j'ai souvent eu cette impression qu'on parlait de moi dans mon dos, qu'on riait et se moquait de moi. Constamment. Je pensais que l'on me trouvait bizarre. Pendant longtemps j'ai eu l'impression d'avoir été harcelée. Alors que finalement je n'ai jamais eu aucune preuve de cela. Il s'agissait seulement de croyances. J'ai mal vécu ma première année de lycée. Même si cela ne se voyait pas de l'extérieur.

C'est plus tard que ma compagne la paranoïa s'est faite plus pesante. Les années passèrent et je doutais de plus en plus. Des pensées qui tournaient en boucle dans ma tête, des idées bizarres comme je les appelle encore aujourd'hui. Lors de mes crises je n'arrive plus à penser à autre chose. Dès lors que même au travail je n'arrive plus à faire la part des choses je sais qu'il est temps que je consulte. Entre 2016 et 2017 j'ai vécu une très longue crise qui dura plusieurs mois. J'avais une peur panique de mon propriétaire et de l'agent immobilier qui gérait l'appartement que nous louions mon mari et moi. J'avais alors peur de croiser le propriétaire dans la rue. Mais il n'y avait pas que ça, je ne répondais plus au téléphone dès que je ne connaissais pas le numéro, de crainte de tomber sur l'agent immobilier. C'était insupportable.

Ensuite, même à la maison j'avais peur des autres. J'imaginais que l'on avait installé des caméras pendant le temps où je me trouvais au travail. Je me sentais constamment observée, épiée. J'avais cette terrible impression que la voisine d'en face passait son temps à m'espionner. A la fin, je n'osais même plus ouvrir les volets de chez moi. Mon mari ne remarquait pas que je passais l'après-midi dans l'obscurité car il rentrait toujours plus tard. Enfin, un dernier détail, avant de sortir de chez moi j'attendais un moment devant la porte sans l'ouvrir et j'écoutais. Je voulais être sûre de ne croiser personne en sortant. J'avais peur de mes voisins. Et finalement lorsque je sortais de chez moi, je faisais attention à être la plus discrète possible. Je ne voulais pas que mes voisins sachent que je quittais mon appartement, j'étais convaincue qu'ils pouvaient s'introduire chez moi durant mon absence pour y mettre encore et toujours des caméras cachées.

Bref, j'ai vécu cette période comme un véritable supplice. J'ai même fini par convaincre mon mari de déménager. C'était la seule solution pour que j'aille mieux. Évidemment je suis à nouveau passée par la case « hôpital », ce qui m'a bien aidée aussi.

Et maintenant ?

Maintenant il m'arrive encore d'avoir quelques idées bizarres mais j'ai l'impression de pouvoir les contrôler, du moins j'arrive à prendre un certain recul. De ce fait elles ne m'handicapent plus autant. Et puis, si besoin, je prends un petit médicament en plus afin de les atténuer dès qu'elles se font trop envahissantes.


Quelles relations avez-vous eues avec les psychiatres ?

J'ai rencontré plusieurs psychiatres depuis le début de mon suivi en 2013. Au début j'ai eu beaucoup de mal à leur faire confiance et à les croire quand ils affirmaient que j'étais malade.  J'avais cette impression qu'ils me mentaient et me prescrivaient de faux médicaments pour me faire croire que j'étais malade alors que ce n'était pas le cas. C'est étrange car cette idée m'a suivie longtemps. Encore parfois elle me traverse l'esprit. Alors au début je n'écoutais pas beaucoup les psychiatres ni les autres membres du personnel soignant à l'hôpital.

Lors de ma deuxième hospitalisation, j'y suis allée de mon propre chef car je voyais bien que quelque chose clochait chez moi. Pourtant cette idée de faux médicaments revenait encore. Cela devait être l'expression de ma paranoïa grandissante. J'avais du mal à croire les psychiatres mais je ne rencontrais pas de difficulté à exprimer mon mal-être. Cela peut sembler paradoxal. Puis j'ai changé encore deux fois de psychiatres avant de tomber sur celui qui me sauva. Ce psychiatre miracle, comme j'aime l'appeler, m'a donné foi en la psychiatrie. Il a su soulagé mes peines et mon mal-être. Il a posé des mots sur la douleur qui me rongeait. Il m'a expliqué ce qu'est la schizophrénie. Je l'ai vu très souvent pendant plusieurs mois, à raison d'une fois par semaine puis à la fin une fois toutes les deux semaines. Contrairement par le passé, je me rendais à chaque rendez-vous avec enthousiasme. Et même lorsque je n'allais pas bien du tout, je me sentais soulagée à l'idée de le rencontrer à nouveau, je savais qu'il ferait tout pour m'aider et c'est ce qu'il fit.
C'est grâce à lui si j'ai trouvé aujourd'hui la stabilité. Après mon déménagement j'ai encore dû changer de psychiatre. Malgré tout je suis restée en contact avec mon psychiatre miracle. On s'échange de temps en temps quelques emails. Le psychiatre qui me suit actuellement est correct. Il n'y a pas le même feeling qu'avec le précédent mais je dois avouer qu'il m'aide quand même beaucoup. Il sait m'écouter et m'aider dans les périodes difficiles. Je lui fais confiance. Contrairement à certaines personnes je ne saurais me plaindre de mon médecin. J'en suis satisfaite.

 

Comment se sont déroulées vos hospitalisations ?

De 2013 jusqu'à aujourd'hui, j'ai été hospitalisée sept fois, dans quatre hôpitaux différents. J'ai toujours été dans des services fermés. Bizarrement je me suis très vite adaptée dans ces différents établissements. Je me suis adaptée aux règles et à la façon de fonctionner du personnel soignant. En psychiatrie, il y a un rythme à suivre. On se lève chaque matin à la même heure, on prend nos repas toujours à la même heure, on fait des activités toujours à la même heure, on prend nos médicaments toujours à la même heure, enfin on se couche toujours à la même heure. J'avais l'impression que tout était chronométré. Ensuite, il y avait certaines règles qui m'ont dérangé, surtout au début, après on s'habitue. Par exemple le fait de devoir remettre son téléphone mobile à l'arrivée et le retrouver, dans certains hôpitaux, uniquement à la sortie définitive ou durant les permissions (autorisation de sortie allant d'un après-midi à deux ou trois jours) ; dans d'autres hôpitaux on a le droit à son téléphone mobile pendant un certain créneau de la journée. Dans un des hôpitaux où j'ai été hospitalisée, nous ne pouvions passer des appels uniquement en présence du personnel soignant dans leur bureau. J'ai détesté cela.
Dans un autre hôpital, nous avions accès à une sorte de petite cabine téléphonique. C'était un petit espace clos avec un téléphone. Mais le numéro de notre correspondant était composé par le personnel soignant depuis leur bureau. Lors de mes dernières hospitalisations, j'étais soulagée de me couper du monde extérieur afin de me reposer réellement et de reprendre des forces sans inquiétude. En même temps, je craignais le monde extérieur. Il y a aussi le port du pyjama qui peut sembler dégradant à première vue. Je n'ai jamais compris pourquoi nous ne pouvons pas porter nos habits de ville les premiers jours de l'hospitalisation. Il y a même parfois des patients qui doivent rester en pyjama durant toute leur hospitalisation.

Sinon, j'ai apprécié les différentes activités que j'ai pu faire avec différents thérapeutes. J'ai fait de l'art-thérapie, de la musicothérapie, des ateliers d'écriture en groupe mené par une psychologue, des activités manuelles (confection de bracelets en perles, sculpture, cuisine...) avec une ergothérapeute. Cela fait partie intégrante du soin tout autant que les médicaments.  Ces activités m'ont permis de m'aérer l'esprit surtout lorsqu'on ne peut pas quitter l'hôpital. Elles m'ont aussi aidée à retrouver confiance en moi quand j'en avais besoin. Elles m'ont apaisée.

Après environ une hospitalisation par an depuis 2013, je n'en ai faite aucune en 2018. Une victoire pour moi.


Avez-vous changé de traitement ?

J'ai changé plusieurs fois de traitement. D'un traitement oral je suis passée à un traitement par injection retard intramusculaire en 2017.

J'ai commencé les neuroleptiques à l'âge de 19 ans, en 2013.  Mon premier traitement  l'aripiprazole associé à la loxapine fut un échec. Ils ont permis de calmer mon instabilité émotionnelle. Je veux dire par-là mes épisodes dépressifs et mes périodes d'agitation excessive. Mais les effets secondaires ont été beaucoup trop gênants : raideur musculaire et lenteur malgré la prise d'un correcteur, des impatiences, mouvements involontaires des jambes lorsque j'étais assise, fatigue extrême et autres. J'ai décidé de tout arrêter, au bout d'un mois, quand j'ai commencé mon job étudiant dans un fast-food. Il fallait absolument que je retrouve mon dynamisme, ma vivacité. Et puis surtout je ne croyais pas au fait d'être malade.

Par la suite, chaque hospitalisation signifiait nouveau traitement. Neuroleptiques, anxiolytiques, somnifères, j'étais un vrai cobaye. Il fallait atténuer mes angoisses qui se faisaient de plus en plus présentes, ma paranoïa et mes délires qui s'étaient immiscés dans mon esprit. Sur le moment chaque traitement semblait fonctionner. Mais à chaque fois, je les abandonnais un à un, ou les prenais de façon irrégulière. Les effets secondaires étaient toujours trop pénibles. Je me rappelle surtout ma fatigue extrême. Je somnolais constamment. Lorsque je suis devenue hôtesse d'accueil, je m'endormais très souvent en travaillant. Ma cheffe-hôtesse de l'époque pensait que j'étais narcoleptique. J'ai démenti cette idée mais ne lui ai jamais révélé le fait d'être suivie par un psychiatre.

Nous avons continué les traitements oraux jusqu'en 2017. Cette année-là mon psychiatre miracle m'a parlé de l'injection d'un neuroleptique atypique : la palipéridone ou Xeplion. Pour lui, c'était la solution à tous mes problèmes. Une prise mensuelle, et beaucoup moins d'effets secondaires. Je lui ai fait confiance, j'avais réellement confiance en lui. On a mis en place ce traitement et, depuis ce moment, je n'ai pas connu de rechute significative. Pas de nouvelle hospitalisation. Ces derniers mois, je vois mon psychiatre une fois tous les deux mois. On discute longuement de ma vie quotidienne et il fait mon ordonnance. Il m'arrive de le rencontrer plus souvent dès que le besoin se fait sentir, notamment lorsque la déprime et les angoisses reviennent. Il revoit alors mon traitement à la baisse ou à la hausse selon la situation. Dernièrement il m'a ajouté un neuroleptique qui a aussi des propriétés anxiolytiques car je suis plutôt angoissée. J'ai l'habitude de prendre ce médicament en cas de besoin. Pour mon injection j'ai la chance de pouvoir la faire à domicile. Deux infirmières se relayent. J'ai établi avec elles aussi une véritable relation de confiance. Je suis bien aidée par ces professionnels de la santé.

On peut dire aujourd'hui que je suis satisfaite de mon traitement. Je n'ai quasiment plus d'effets secondaires. Hormis une fatigue toujours plus importante qu'une personne sans traitement psychotrope, ou encore des problèmes d'ordre sexuel mais je ne m'attarderai pas sur ce dernier point c'est trop gênant.
Je suis satisfaite dans l'ensemble. J'espère seulement un jour pouvoir m'en passer. Pour le moment, mon psychiatre n'envisage pas cette option. Il a seulement évoqué un autre traitement révolutionnaire : le Trevicta. Une injection trimestrielle. On verra ce que l'avenir me réserve, pour le moment je ne me vois pas changer à nouveau de traitement.

Arrivez-vous à vous concentrer, à lire ?

J'ai constaté que des troubles cognitifs étaient apparus avec le temps à cause de la maladie apparemment (même si à mon avis c'est peut-être aussi à cause du traitement je ne sais pas trop). J'ai donc quelques difficultés à rester concentrée, notamment pendant la lecture. Avant j'adorais lire, désormais c'est plus difficile pour moi. J'essaye de me remettre à la lecture avec un recueil de nouvelles par exemple, j'essaye aussi de lire des articles de journaux en ligne chaque matin quand je suis au travail. De plus, j'ai quelques problèmes de mémoire. Mon psychiatre "miracle" m'avait conseillé de faire de la remédiation cognitive. Mais je trouvais les démarches compliquées de ce fait je n'en ai jamais fait. Il s'agissait de passer un appel téléphonique mais c'était trop pour moi. Aujourd'hui je regrette un peu car cela m'aurait été bien utile à mon avis. Surtout que j'envisage de reprendre mes études en septembre, si je suis acceptée quelque part. Je l'espère.

 

A quoi ressemble votre vie quotidienne ?

De ma vie quotidienne je pourrais vous dire qu'elle est réglée comme du papier à musique. Je me lève chaque matin à la même heure (6h00), je pars pour le travail toujours à la même heure (7h40), je rentre du travail toujours à la même heure (15h15-30), je me couche toujours à la même heure (22h00). L'après-midi, je ne fais pas grand chose. J'ai beaucoup de mal à tenir ma maison, préparer un repas, lancer une machine de linge, etc. Si mon mari ne me demande pas la veille de faire quelque chose, il est très rare que j'en prenne moi-même l'initiative. J'aimerais pouvoir faire tout cela seule, sans que l'on me le demande. Mais cela reste très difficile. Des symptômes négatifs résiduels certainement. Alors après le travail, la plupart du temps je me mets devant la télévision, je regarde des programmes sans vraiment être attentive, et de ce fait, sans vraiment tout comprendre. Il faut dire que la télévision ne m'intéresse pas tout particulièrement. Rien ne m'intéresse vraiment d'ailleurs, hormis peut-être les musées, mais je n'apprécie guère les sorties en solitaire. Je déteste me promener seule dans les rues de Paris notamment. Alors qu'il y a tant de musées à visiter. J'aime aussi beaucoup écouter de la musique, cela me détend.

Je peux dire, heureusement que je travaille. Cela me permet de faire ma sortie quotidienne. Sinon, je resterais cloîtrée chez moi. Le sommeil fait aussi partie intégrante de ma vie. Je me couche tôt comme je vous l'ai dit précédemment et je fais souvent une sieste l'après-midi. Je passe aussi fréquemment mon week-end allongée sur mon canapé, quand je ne sors pas pour rendre visite à mes tantes.


Le rétablissement est-il un objectif concret pour vous ?

Je crois au rétablissement. Mais je n'y suis pas encore. Pour moi le véritable rétablissement ce sera le jour où je n'aurais plus besoin d'aucun médicament. Je pense que cela est possible. Même si pour le moment mon psychiatre ne se prononce pas en faveur d'un abandon pur et simple de mon traitement. D'autant plus que nous avons décidé ensemble d'augmenter légèrement ma dose car je fais face actuellement à une sorte de passage à vide accompagné d'angoisses. Alors, la fin du traitement ? Pas maintenant. Le rétablissement ? Un jour peut-être. J'ai encore un peu d'espoir.

 

Quelle est votre relation avec les autres ?

Quelques-uns de mes proches connaissent l'existence de ma maladie. Mais ils sont peu nombreux. C'est vrai que j'ai honte de ma maladie. Mais désormais, je ne veux plus la cacher. Je souhaite que les autres découvrent la schizophrénie et n'en aient plus peur.

A part cela, je suis une personne assez solitaire. Il ne me reste que très peu d'amis suite à mon déménagement en 2015. J'ai changé de région. Comme je ne sors que très peu, je n'ai pas vraiment l'occasion de me faire des amis. J'ai peur de sortir seule.

Heureusement que je travaille car cela me permet de créer du lien social. Grâce à mon emploi, j'arrive à sourire et à me sentir à peu près bien dans ma tête. Sur mon lieu de travail, on dit de moi que je suis rayonnante et sociable. Oui, je parle avec beaucoup d'employés ou autres visiteurs mais il faut savoir que nos discussions restent superficielles. Cela ne me dérange pas.

Sinon, j'ai un mari qui me soutient vraiment. Même s'il ne comprend pas toujours tout car nous n'avons pas la même langue maternelle, il est Coréen et je suis Française. Depuis la première hospitalisation, il a toujours cherché à se renseigner afin de comprendre mon cas. Il avait même rencontré mon psychiatre miracle.

Je rends parfois visite à quelques membres de ma famille mais cela reste rare, hormis une de mes tantes qui est aussi concernée par un trouble psychique et qui, de ce fait, me comprend parfaitement. On échange beaucoup toutes les deux à propos de nos problèmes psy. Peu d'autres personnes nous comprennent, excepté nos psychiatres respectifs.

Je ne parle pas tellement de la maladie à mes proches car si je le fais je finis par les agacer. Je préfère donc me taire et rester cloîtrée chez moi. Pourtant j'aime cela, échanger.

 

Est-ce que la maladie vous a apporté quelque chose ?

Je peux dire que la maladie m'a apporté une véritable ouverture d'esprit. Être concernée par un trouble psychique et avoir été hospitalisée plusieurs fois en service psychiatrique m'a permis de mieux comprendre la vie et les autres. La maladie, et tout particulièrement mes angoisses, m'ont apporté une certaine créativité. Cette créativité, malheureusement, semble avoir disparu depuis que je suis sous traitement. Angoissée, j'écrivais beaucoup dans des journaux intimes. Lorsque je relis ces carnets, je peux avoir un aperçu de mes périodes de crise. Parfois, malheureusement, c'est illisible, à mon grand regret.


Charlotte, 27 ans, a été diagnostiquée schizophrène en décembre 2017 lors de la dernière de ses trois hospitalisations. Elle souhaite mettre en avant l'importance de l'assiduité de la prise de traitement et l'acceptation de la maladie. Elle raconte aussi son quotidien partagé entre son travail à mi-temps et des relations distantes avec sa famille et ses amies.

visuel tmoignage

Comment s’est passée votre entrée dans la maladie ?

J’ai souffert d’anorexie à 15 ans et je pense que j’aurais dû avoir un premier suivi psychologique à ce moment-là, car par la suite j’ai plus ou moins fui et pensé que c’était derrière moi. J'ai été hospitalisée en 2015 alors que j'avais 23 ans et que j'étais en cours à Tahiti. J'ai fait une bouffée délirante aigüe après avoir consommé du cannabis, être tombée sur le crâne et eu le chikungunya. Les médecins ont établi que c'était un évènement isolé, ce qui n’était pas le cas. J'ai arrêté le traitement six mois après comme cela était prévu avec le psychiatre. J'ai fait une rechute deux mois après l'arrêt du traitement et j'ai à nouveau été hospitalisée.

J'ai donc repris le traitement pendant deux ans et demi. Je l'ai à nouveau arrêté en janvier 2018 avec l'accord de mon psychiatre. J'ai fait une rechute en septembre dernier alors que je suivais une formation d'un mois, en logeant sur place. La rechute s'est faite sur un mois et j'ai été hospitalisée en octobre sous contrainte à Rouen. J'ai été diagnostiquée schizophrène en décembre avant de sortir.


Comment s'est déroulée votre première crise ?

J’étais à Tahiti pour les études et je me suis isolée petit à petit sur une durée d’un mois environ. Je suis végétarienne et ça m’a valu d’être moquée et mise à l’écart. J’allais tout les jours nager seule car je n’avais pas réussi à avoir un stage pour finaliser mon master. J’ai sombré dans l’isolement et je délirais de plus en plus jusqu’à arrêter de manger et rester alitée.

Le diagnostic est-il arrivé rapidement après la première crise et dans quelles conditions ?

Malgré les voix, les médecins n’ont pas émis de diagnostic et ont parlé d’un évènement isolé, puis d’une rechute.


Les rencontres avec les psychiatres, comment se sont-elles déroulées ?

J’ai d’abord été hospitalisée à Tahiti pendant une dizaine de jours avant d’être transférée à Bayeux. Les médecins de Tahiti disaient que j’allais sortir rapidement. J’ai finalement été hospitalisée deux mois à Bayeux. 

C’est en septembre dernier, lorsque j’ai vu que les symptômes revenaient et que j’ai contacté ma psychiatre de Caen, que j’aurais aimé plus de prise en charge car elle n’a pas réalisé plus que ça que j’étais en rechute (alors que je lui disais). J’ai vraiment eu le sentiment d’aller mieux et d’avoir été aidée en sortant de l’hôpital après le diagnostic, en décembre 2018. En effet, quand j’étais à l’hôpital, je pense que j’étais encore trop mal pour comprendre que je devais y rester. Le pire sentiment d’enfermement a été au Rouvray, à Rouen, car il n’y avait rien pour se divertir ou réfléchir sur place. J’avais le sentiment de perdre mon temps et que je ne m’en sortirais pas si je ne pouvais pas être sollicitée intellectuellement. J’ai alors commencé à lire et à dessiner pour me sentir mieux.


Comment sensibiliser les futurs psychiatres à cette maladie, selon vous ?

Je pense qu’il ne faut pas avoir peur du diagnostic, quitte à revenir dessus par la suite. Je me trompe peut-être mais je pense que la maladie est encore trop diabolisée et que les médecins ont peur d’en parler. Cela créé une peur chez le patient et son entourage qui ne fait qu’aggraver l’exclusion.

D’autre part, je pense que de mettre en place des ateliers culturels et sportifs pourraient favoriser la rémission et la reconstruction. Les malades ont besoin d’être sollicités pour prendre confiance en soi, reconnecter avec les autres et se préparer à sortir de milieu hospitalier.

Quel traitement suivez-vous aujourd'hui ?

Je prends de l’Abilify en injection mensuelle depuis janvier. Je l’avais déjà pris pendant 2 ans. Le traitement fonctionne bien et je n’ai pas d’effet secondaire. Je pense que j’avais pris du poids en 2017 et c’est vrai que je mange moins aujourd’hui, ce qui peut expliquer que je n’ai pas repris de poids cette année.

Le traitement m’aide beaucoup et je vois la différence en fin de dose lorsque l’angoisse revient. L’acceptation du diagnostic a été difficile au tout début mais très rapidement je l’ai assumé et j’en ai parlé autour de moi. Pour moi, c’est fondamental pour aller mieux et se reconstruire. C’est comme mettre un mot sur une souffrance et la reconnaître. Aujourd’hui, j’ai d’ailleurs le projet de faire un court métrage sur la maladie.

Quel est votre rapport au travail ?

J’ai dû changer de poste suite à l’hospitalisation, pour un poste moins stressant, et je viens de terminer ma période de mi-temps thérapeutique pour reprendre à temps plein. Le fait d’être assise devant un bureau en permanence est difficile pour se concentrer. C’est une difficulté que je rencontrais déjà par ailleurs. Mais je commence à me sentir plus à l’aise pour organiser mon travail. J’ai eu des doutes à savoir si je voulais continuer dans ce domaine ou non, et éventuellement changer pour un emploi plus dynamique comme enseignant.

Quelles sont les difficultés créées par la maladie dans votre vie quotidienne ?

Je pense que la principale difficulté que je rencontre est la solitude, qui est à la fois une cause et une conséquence de la maladie. J’essaye de me sociabiliser avec le théâtre et j’ai le projet de reprendre la musique avec une association de jazz.


Quelles sont vos relations avec vos proches ?

Je n’ai pas beaucoup de lien avec ma famille et mes amis. Ils me soutiennent car ils ne me jugent pas et comprennent ce que j’ai traversé mais je trouve nos rapports très superficiels. Finalement, je vois davantage les gens que j’ai rencontrés par le théâtre sur Rouen. Ma mère me dit que le diagnostic peut évoluer mais j’ai l’impression qu’elle essaye de se rassurer en disant ça. J’ai justement besoin que l’on reconnaisse ma maladie pour avancer. On ne parle quasiment jamais de la maladie et ils agissent comme si elle n’existait pas. Le fait que j’entretienne des liens très superficiels avec ma famille m’a toujours rendu triste et c’est un sujet qui revenait lors de mes crises. J’ai toujours eu le sentiment d’être « abandonnée » par ma propre famille et ne pas être digne de leur intérêt.


Qu'est-ce qui vous a aidée jusqu'ici pour affronter cette maladie ?

Le théâtre m’a permis de me sociabiliser en arrivant sur Rouen et aussi d’extérioriser mes émotions. J’ai le projet de réaliser un court métrage sur la maladie et l’hospitalisation pour éventuellement permettre à d’autres malades de s’exprimer, sensibiliser le grand public et aussi matérialiser mon expérience pour y faire face.


Auriez-vous quelques conseils à donner ?

Si j’avais des conseils à donner, le premier serait de bien suivre son traitement. Le deuxième est de s’appuyer rapidement sur les professionnels compétents pour nous accompagner si l’entourage ne suffit pas. C’est important de s’ouvrir aux autres et de parler lorsque l’angoisse revient. J’ai eu la chance d’être écoutée et accompagnée au travail et je sais à présent que j’ai un lieu d’écoute si besoin. Je sais aussi qu’il y a des associations comme le groupe d’entraide mutuelle qui permettent de rencontrer d’autres malades et de participer à des activités culturelles en groupe.

Enfin, le troisième conseil est d’assumer la maladie et de ne pas oublier que l’on est des êtres humains qui ont besoin de se divertir et d’être heureux. Dans la mesure du possible, on peut essayer de trouver ce qui nous rend heureux et nous motive pour réussir à faire face à la maladie à travers une activité, des sorties, un voyage ou un emploi. Elle sera toujours présente, il est donc nécessaire de prendre le temps de l’accepter et prendre ainsi confiance en soi.

Liens utiles  shizo oui  schizo jeuns schizo espoir solidarite rehabilitation JDS lilot